<p class="postDate"><abbr class="published">2003</abbr></p>

<p>Apres avoir lu le petit essai "<a hreflang="en" 
href="http://www.paulgraham.com/nerds.html">why nerds are 
unpopular</a>" de Paul Graham, je me suis demande comment cette etude sur la 
famille americaine (ou plutot son absence) pourrait s'adapter &agrave; mon sujet
d'&eacute;tude favori...</p>

<h3>Chers Enfants</h3>
<p>57%  des femmes japonaises ayant un (ou des) enfants ne travaillent pas. <br />
72,3% des femmes qui souhaiteraient continuer a travailler en ayant des enfants ne le peuvent pas. 
</p>

<p>Ces deux chiffres r&eacute;sument la situation de la 
famille au Japon : une famille fortement bipolaire, tellement bipolaire en fait qu'une fois l'enfant
n&eacute;, le couple se dissout completement dans la structure familiale, ouvrant au mieux les portes
a une farandole de relations marginales, sexu&eacute;es ou non.
</p>


<p>Un p&egrave;re-revenu absent, une m&egrave;re poule (pondeuse, couveuse, guide),
sch&eacute;ma &agrave; vrai dire classique de la famille dans une soci&eacute;t&eacute; 
machiste, dont le Japon est un des derniers repr&eacute;sentants. 
La M&egrave;re, le non-p&egrave;re, et l'Enfant.</p>


<p>l'Enfant &eacute;tant la cause de la sacrifice du couple (et la cause du sacrifice
de l'individualit&eacute; pour la femme), on le bichonne, on en prend soin, on espere
beaucoup pour lui. Avec le resultat que l'on connait, une education qui d&egrave;s le plus 
jeune age pousse au travail acharn&eacute;, &agrave; l'exc&egrave;s, le but avou&eacute;
&eacute;tant que l'enfant (qui a, certes, &agrave; peine l'age d'apprendre &agrave; lire)
se lance, d&egrave;s le d&eacute;part, sur le bon chemin qui m&egrave;ne aux plus grandes 
universit&eacute;s, et donc &agrave; un bon job, et donc &agrave; un statut social digne de
ce nom.
</p>

<h3>le salaire de la douleur</h3>
<p>Se lancer sur le bon chemin, "suivre la voie"... Quitte a perdre l'objectif de vue. A la 
"fin importante en toute chose" du bushido, la voie des anciens samurai, la voie du travail
impos&eacute;e aux enfants d&egrave;s le jeune &agrave;ge ne conditionne pas les individus
&agrave; la recherche du r&eacute;sultat. Au contraire, le r&eacute;sultat importe peu, 
&agrave; condition d'en baver.</p>

<p>On retrouve dans le produit fini de l'&eacute;ducation japonaise "de base", le salaryman, 
la m&ecirc;me perversion du processus de l'effort. Le dr&ocirc;le de drone de Japan Inc.
s'abrutit de travail, et en vient bien souvent a oublier le "pour quoi" du travail, pour 
ne plus se souvenir que du "pourquoi", au mieux, du "comment" sinon : l'effort. Le sinistre
et magnifique "gambaru", expression multiforme intraduisible, v&eacute;ritable cl&eacute;
de vo&ucirc;te de l'&eacute;difice culturel nippon : ce verbe signifie aussi bien "tenir bon" 
que "supporter sans broncher", "faire un effort", "se donner a 100%", j'en passe et des meilleures.
</p>

<p>On notera, parmi les autres idiomatismes r&eacute;v&eacute;lateurs, la formule
pour dire au revoir &agrave; la fin de la journ&eacute;e de travail, qu'on pourrait
traduire assez fid&egrave;lement par "vous &ecirc;tes tr&egrave;s fatigu&eacute;". 
Bien jou&eacute; coco, tu en as chi&eacute; pour la journ&eacute;e, rompez soldat.
Demain, tu iras rendre visite &agrave; notre client potentiel pour la douzi&egrave;me
fois consecutive, patiemment, poliment, tu subiras maints affronts, et nul doute que 
cette fois, impressionn&eacute;s qu'ils seront par tes efforts, voyant en ton 
d&eacute;vouement le signe que notre compagnie saura se donner pleinement pour eux, 
nul doute que cette fois ils daigneront ecouter nos propositions commerciales.
</p>

<p>Dors bien, petit salaryman, mais ne reveille pas ta femme ni tes gosses en rentrant.
</p>

<p>
Quant a moi, je m'en vais lire de ce pas "confucius lives next door", en esperant
comprendre la cause de ce phenom&egrave;ne. Et au pire, j'aurai vaillamment cherch&eacute;,
c'est d&eacute;j&agrave; &ccedil;a.
</p>




